Construire votre propre Frankenstein (conclusion)

Le vrai versus le Magnifique


Mon blogue précédent sur le traitement de l'image s'est conclu par des arguments à la fois pour et contre la manipulation numérique, ainsi que la divulgation de ces actions par l'artiste.


« La peinture est un art, et l'art dans son ensemble n'est pas une création sans but qui s'écoule dans le vide. C'est une puissance dont le but doit être de développer et d'améliorer l'âme humaine. » - Wassily Kandinsky


La photographie est aussi de l'art, le huitième en fait.


Je crois que les photographes veulent ultimement créer des moments de grande beauté, aux émotions authentiques. L'utilisation de techniques de postproduction aide à atteindre ce but. La technologie d'aujourd'hui permet une nouvelle forme de photographie.


Certains diront : «Est-ce toujours de la photographie ?»


Je préfère appeler ça de l'art. Et de l'art magnifique. De plus, j'ajouterais que l'art est censé nous libérer au lieu de nous limiter aux bornes de l'appréciation collective.


Le coté puriste, le coté tout-droit-sortie-de-ma-caméra, n'est pas ma manière de faire de l'art.


Ansel Adams était le roi de la manipulation de photo, et il est reconnu comme l'un des plus grands photographes qui ont jamais vécu. Son «système de zone» est fondamentalement un HDR de chambre noire (film), dans lequel il cherchait à exposer le détail dans les ombres et les reflets comme il le jugeait bon.


Voici une photo bien connue de la retouche en argentique.



En argentique le choix de la pellicule puis le développement font partie intégrante du processus, jusqu'au choix du papier. Et c'est une erreur de penser que grâce à ce procédé argentique, on produit ce que l'appareil a vu.


Nous utilisons toutes sortes de techniques pour faire de nos photographies de l'art. Nous manipulons la lumière avant qu'elle ne frappe le capteur, pour étirer l'histogramme, pour rendre l'image plus agréable à l'œil. L'utilisation de filtres de verre ou de résine devant l'objectif est également une forme de manipulation afin de permettre à la caméra d'enregistrer plus de données qu'elle ne pouvait initialement avec une seule exposition non filtrée.


La technologie doit être au service des choix artistiques d'un photographe et non pas l'inverse.


N'ayez crainte que les ordinateurs prennent en charge le processus créatif dans un avenir prochain. La technologie de demain capturera davantage de données et les décisions créatives seront toujours laissées à l'artiste.


Cela nous amène à la vraie question pour le futur de la photographie.


Est-ce que la technologie nous rend meilleur photographe ?


J'ai reçu ma première caméra pour mon voyage au Maroc où j'ai vraiment commencé à prendre des photographies. Pour une belle image réussie, j'en captais un paquet de mauvaises. J'étais intrigué. Pourquoi celle-ci est belle ? Qu'est-ce que je peux faire pour rendre les autres aussi belles ? Et pour moi ce fut l'effet boule de neige !


J'ai consulté tous les magazines de photographies disponibles. Je fus inondé de magnifiques images. Des images de styles différents. Des images inspirantes. Je me suis laissé influencer par ces grands photographes.


Dans ces revues les pseudo professionnels conseillaient plutôt : «Faites vos propres photos, ne vous occupez pas des autres photographes...»


Pour moi, ce fut exactement le contraire, je tentais de tirer profit de toutes ces inspirations photographiques. Je prenais toutes ces photos, tous ces styles de photographes et en choisissais les meilleures parties pour en faire mon propre Frankenstein.



Et aujourd'hui, je peux transformer mon Frankenstein en reine de beauté si je le désire !


La technologie nous permet de prendre de meilleures images techniquement, mais jamais elle ne pourra remplacer l'artiste derrière la caméra. Ce qui rend un photographe meilleur c'est sa sensibilité... et non son appareil.


Avec toutes ces avancées technologiques, qu'est-ce qui n'a pas changé ?


Eh bien, il faut toujours un artiste pour créer, soit derrière la caméra, soit devant un ordinateur. Autrement dit, ça revient éternellement au processus créatif.


Je vais partager un petit secret avec vous : je suis un artiste en premier et photographe en second !


Je vous souhaite une merveilleuse année photographique 2017 pleine de rêve, de poésie et d'émotions.